Les « séminaires » Sircome : le point de rencontre entre la recherche et l’action

Les « séminaires » Sircome : le point de rencontre entre la recherche et l’action

Sircome compte cinq permanents et une vingtaine de consultants et chercheurs partenaires. Le 27 juin dernier, nous avons organisé un séminaire R&D pour favoriser les échanges entre tous nos membres. Plusieurs disciplines étaient représentées : sciences de l’information et de la communication, psychologie sociale, gestion des ressources humaines, linguistique, journalisme, sociologie… L’occasion de présenter nos projets universitaires et missions de conseils respectifs, d’élaborer des projets communs et de discuter des enjeux  du passage de la recherche à l’action.

La recherche en entreprise : une insertion difficile

Les challenges à relever côté recherche, notamment le défi pour les chercheurs de valoriser leurs travaux en entreprise, a été l’un des thèmes abordés avec intérêt. Les connaissances scientifiques apportent rigueur et véracité, elles permettent d’agir selon un contexte, des causes et des conséquences établies au préalable ; des éléments à ne pas négliger pour une entreprise. C’est pourquoi à Sircome nous essayons de créer des moments d’échanges entre nos consultants et nos chercheurs.

Delphine Labbouz-Henry est chercheuse en psychologie sociale. Issue d’un BAC S qui lui aura transmis l’amour des chiffres, elle aborde sa discipline avec beaucoup de rigueur. Pour elle, la question de la rentabilité est importante : de quelle manière un chercheur est-il rémunéré ? Quelles limites doit-il se fixer pour ne pas se faire « exploiter » ? La problématique du « maquillage des résultats » dans le cadre d’une recherche a également été soulevée. Un constat est fait : il arrive que des entreprises fassent appel à des chercheurs pour appuyer une décision déjà prise au préalable. Cela pourrait expliquer la réticence des universitaires à rejoindre le monde de l’entreprise, malgré les avantages pour les deux parties.

La vulgarisation scientifique : un défi pour les chercheurs

Psychologie sociale, linguistique, ressources humaines, communication, journalisme, autant de disciplines représentées, que de chercheurs présents autour de la table. Isabelle Richard, psychologue de l’environnement et chercheuse indépendante a beaucoup travaillé sur les questions d’accompagnement au changement. Par exemple, elle a sensibilisé et formé des agents de collectivités sur la thématique des risques d’inondations dans le bassin Orléanais. « En adoptant de nouvelles méthodologies, on arrive à de nouvelles choses » explique-t-elle. A Orléans, la formation s’est déroulée sur deux jours, le premier étant consacré à la prise de conscience et le deuxième aux actions à mettre en place. Les agents ont été sensibilisés de manière originale puisque c’est à l’aide d’une maison de poupée, remplie d’eau au fur et à mesure, qu’Isabelle a pu expliquer les différentes étapes d’une inondation de plaine, pour laquelle par exemple, il est dangereux pour les habitants de rester au premier étage. La difficulté de représenter le changement climatique a également été soulevé par Isabelle.

Pour Valéria Ramirez, notre responsable communication, il est essentiel de mettre en valeur le travail des chercheurs. « Comment peut-on faire profiter le public des recherches scientifiques ? » se demande-t-elle. Journaliste de formation, elle a vécu au Mexique et en Espagne, où elle a acquis une expérience dans le secteur des finances, de la télécommunication, mais également en communication de crise. Désormais chez Sircome, elle accompagne les entreprises dans la co-construction de leurs stratégies de communication, notamment l’institut national de l’information géographique et forestière (IGN), ou des startups tels que Afyren ou Mutum. Elle est spécialisée dans le secteur des nouvelles technologies, notamment au croisement de la communication à l’ère du numérique et la RSE. C’est dans cette dynamique qu’elle entamera très prochainement une thèse CIFRE, financée par Sircome, portant sur le sujet.

Lolita Rubens, maitre de conférences en psychologie sociale à Paris-Est Créteil, formatrice et consultante qui travaille sur la thématique du changement de comportement est, elle aussi, très intéressée par la vulgarisation scientifique. Enseignante auprès d’étudiants novices sur le sujet, elle gère également « Psychopium », un site sur lequel sont triés les articles scientifiques de psychologie une fois les sources vérifiées. La vulgarisation est donc son crédo, selon Lolita « les chercheurs ajoutent du sens : c’est un apport théorique ».

La linguistique pour débusquer le greenwashing

La recherche peut donc aider les entreprises à mieux gérer certaines actions, notamment en termes de communication. Elodie Vargas, maitre de conférences en linguistique à Grenoble, a étudié les discours des « gros pollueurs » en France et en Allemagne. Le but : débusquer le greenwashing et établir une trame textuelle permettant d’en comprendre le fonctionnement. Ainsi par l’analyse des discours, des messages, de sémiologie et autres méthodes, Elodie espère pouvoir livrer quelques clés au consommateur afin qu’il puisse discerner le vrai du faux en termes de communication environnementale. Dans cette dynamique, la recherche pourrait aider les marques à mieux communiquer leurs actions RSE.

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Responsabilité Sociétale des Entreprises : l’étude du bien-être au travail

Avec Elodie Chevallier, qui bénéficie d’une formation en ressources humaines, nous avons abordé la question du bien-être au travail à travers la mise en place d’une politique RSE. En effet, elle soutiendra sa thèse en fin d’année, à l’université canadienne de Sherbrooke ; dans laquelle elle explore les ruptures intentionnelles de carrière chez les cadres. Sircome est pour elle l’occasion de mettre en pratique les nouvelles connaissances qu’apportent ses recherches. Selon elle, la RSE est une solution pour le bien-être au travail mais elle ne doit pas se résumer à « mettre en place des mobiliers écolos et payer des cours de Yoga ».

Pour Aurélie Wastin, experte en communication interne et RSE chez Sircome, « il y a besoin de renouveau sur tous ces sujets-là ». Ayant travaillé sur la crédibilité des entreprises vis-à-vis de leur communication environnementale, Aurélie a évoqué l’idée que la communication de la RSE d’une entreprise soit en accord avec ses actions. D’ailleurs, cette communication doit être travaillée tant en externe, qu’en interne. Il faut expliquer et sensibiliser les salariés à la thématique du développement durable, à travers la politique RSE de l’entreprise. La RATP, Areva, et l’Assurance Maladie ont marqué son expérience professionnelle. Chez ce dernier, elle a travaillé à la mise en place d’une stratégie d’engagement progressif sur 4 ans. Ce qu’elle retient principalement : il faut considérer les managers. « Si le manager n’est pas formé, et bien que l’équipe le soit, ça ne fonctionnera pas. ». Delphine a évoqué son expérience sur le sujet. Sa thèse, soutenue en novembre 2015 portait sur l’accompagnement au changement pour inciter les salariés à être écoresponsables au travail. Les résultats de ses recherches montrent l’importance du mal-être au travail. En effet, ce point joue sur l’implication des salariés dans l’entreprise, ce qui impacte, à terme, l’écoresponsabilité des salariés.

Rachel Trioreau, chargée de communication digitale chez Sircome est également convaincue de la richesse que peut apporter la recherche en entreprise. Dans le cadre de son master, elle a travaillé sur les questions de représentations de la femme, notamment au sein des publicités du groupe SEB de 1970 à 2010. En parallèle, elle a participé à la réalisation de l’étude #ComRSE2016 et évoque le décalage qui existe entre la communication en BtoB et la communication en BtoC en termes de développement durable et de responsabilité. Cette étude a permis d’identifier certaines difficultés pour les entreprises à communiquer la RSE auprès d’un public néophyte.

Sociologie des réseaux sociaux

Lucie Charbonnet a travaillé sur les usages du public sur les réseaux sociaux. Après une licence en sociologie, elle a effectué un master de communication en alternance à Orange Lab. Là-bas elle a travaillé sur le projet « Algopol », application mobile qui récolte les données des utilisateurs pour construire une cartographie des relations sociales de l’internaute. Grâce à ses recherches, Lucie a pu observer les usages de Facebook, mais aussi la perception de cet outil et de quelle manière les usagers en parlent. Elle travaille en ce moment sur un projet autour de la thématique des changements de comportement pour Sircome, en collaboration avec Xavier Brisbois, un autre psychosociologue.

Changement des comportements

Evidemment, en matière de développement durable, les entreprises ne sont pas les seuls acteurs sur lesquels peut agir la recherche ; la thématique du changement de comportement est venue parachever cet après-midi de discussions. Nous cherchons à valoriser les chercheurs qui travaillent notamment sur cette thématique et nous souhaitons créer des ponts entre les différents secteurs. Un secteur comme celui de la sécurité routière par exemple, est très inspirant en termes de communication visant à changer les comportements citoyens. La plupart de nos chercheurs travaillent en « pluridisciplinarité », ils bénéficient donc de la richesse d’une équipe éclectique.

Mathieu Jahnich, fondateur et gérant de Sircome, a été chercheur en communication des sciences et de l’environnement, responsable communication pour plusieurs structures et ensuite gérant de sa propre société. Lors de sa thèse, il a notamment travaillé sur le lien entre les discours et les comportements. Avec un attrait pour les sciences sociales mais aussi pour les sciences dures, il s’est intéressé à la manière dont les NTIC, à l’époque, pouvaient faciliter les prises de parole des acteurs environnementaux.

Johanna Le Conte, docteur en psychologie sociale appliquée à l’environnement a quant à elle travailler sur la manière dont les personnes perçoivent la consommation d’électricité et comment les amener à changer leur comportement en la matière. La question des nudges et autres sensibilisations a été soulevée, ils permettent certes de réduire l’écart entre perception et actions mais ont-ils un réel impact sur les actions ? L’accompagnement au changement est essentiel. « Si les personnes n’ont pas de connaissances suffisantes sur ce qu’ils peuvent changer, ils ne le font pas. » a-t-elle expliqué. Alors comment mener cet accompagnement au changement ? Lolita évoque une des solutions qu’elle a pu tester lors de ses recherches. En 2005, elle a essayé de changer les usages des sacs plastiques en supermarché. Elle remarque que le discours des personnes et leurs actions sont deux éléments souvent très éloignés l’un de l’autre. L’un des leviers de changement, peut-être de mettre à jour la « dissonance cognitive » chez ces personnes. Après une prise de conscience de la différence entre ce qu’elles disent et ce qu’elles font, ces personnes changeront plus volontiers de comportement. Une autre manière d’accompagner le changement est la mise en place d’ambassadeurs. Elle a expérimenté cet aspect au sein de la société Ecoemballage, chez qui elle a travaillé à la formation des ambassadeurs du tri. Là encore, la question du bien-être au travail a été émise.

Ce séminaire est venu compléter une réunion plus informelle organisée début juin : restaurant et promenade sur la coulée verte de l’Est parisien étaient au programme.

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Crédit Photo : Équipe Sircome / Fotolia

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Rachel Trioreau

À Propos de Rachel Trioreau

Encore étudiante, Rachel a soif d’apprendre. Comme le dit l’adage « savoir d’où l’on vient, c’est savoir où l’on va », Rachel est persuadée que la recherche doit précéder l’action pour que celle-ci soit efficace. A Sircome, elle occupe le poste de chargée de communication digitale junior. En parallèle, elle suit le master 2 « communication des entreprises et médias sociaux » de l’université Paris-Est Marne-la-Vallée.